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© 2019 par Caroline Cote

October 29, 2017

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L’ATTRAIT DU NORD

 

 

Je ressens une grande motivation à me lever du lit le matin du 24 mai lorsque j’entends l’alarme de mon réveil. Réglé à 6 h tapant au son de la sonnerie singing birds, mon iPhone craquelé et semi-fonctionnel participe à chacune de mes aventures depuis plus d’un an. Nostalgique des grands espaces verts, j’ai choisi cette sonnerie en guise de rappel pour ne pas oublier de retourner dans le grand wild dès que j’en ai la chance. Et ma chance c’est aujourd’hui. Dans quelques heures j’entamerai un des périples les plus longs de ma vie. Je me suis engagée, il y a quelques mois, à participer à une expédition de canot sur le fleuve Yukon dans le but d’aller recueillir les témoignages d’Alaskains et d’apprendre les détails de leur culture effacée. La petite équipe que nous formons s’en va à la rencontre de la communauté athabascane, sur la terre des hommes qui composent, encore aujourd’hui, des prières pour rendre grâce aux corbeaux, aux saumons et aux kodiaks, et qui se nourrissent au rythme des saisons. Sortie du lit en vitesse, déjà vêtue des vêtements que je porterai pour les deux prochains mois, je croise rapidement le regard de mes partenaires d’expédition qui sont aussi fébriles que moi. Un aventurier anglais (Ian Finch) qui a créé le projet (Pull of the North), et un photographe de Brooklyn (Jay Kolsch) qui s’est joint à nous. J’avais sauté sur l’occasion de filmer l’aventure et j’en avais aussi parlé à Martin Trahan, un autre Québécois qui s’est rallié à la dernière minute. Dans quelques heures nous rejoindrons la base d’aviation où nous décollerons pour nous faire déposer au Lac Bennett, à la source du fleuve, directement situé à la base des sommets enneigés qui fondent rapidement à la fin mai.

 

 

 

Quelques heures plus tard, je dois rapidement me faire à l’idée que pagayer n’est pas qu’une simple répétition de mouvements coordonnés. Nous venons de traverser un immense lac et déjà, j’ai des ampoules sur les jointures et mes bras affaiblis ont atteint la limite de ce qui est envisageable pour aujourd’hui. Heureusement, je ne suis pas la seule à ressentir cet épuisement : les gars sont dans le même état. Il était grand temps de s’asseoir ensemble autour du feu afin de se retrouver; oui nous sommes toujours qu’à quelques mètres de distance l’un de l’autre sur l’eau, mais avec le vent et la fatigue, peu de paroles sont échangées. Le souper est sans contredit notre moment préféré de la journée puisqu’il nous donne l’occasion de nous détendre un peu et d’avoir du plaisir; un moment de réconfort et d’échanges inté- ressants sur le passé de chacun d’entre nous.

 

Ce soir, Ian a mis sa canne à l’eau juste avant que le soleil ne s’efface derrière la montagne, vers 21 h. Ici, le soleil ne se couche jamais très longtemps. Nous sommes trop près du cercle polaire arctique, donc pas de ciel étoilé, seulement la magic hour. C’est comme ça jusqu’au mois d’août. Pas de chance ce soir, nous n’aurons pas de poisson à ajouter à nos pâtes sommairement assaisonnées de quelques épices. Après notre repas chaud et réconfortant, je suis vite tombée endormie, blottie dans mon sac de couchage sous le canot, au doux bruit du ressac, des feuilles de tremble qui s’agitent sous le vent du Nord et du ronflement éloigné de Jay. Je sais déjà que le rythme de simplicité qui s’est installé en nous dès les premières heures de notre expé- dition me manquera terriblement à notre retour. Mes poumons sont déjà remplis de l’odeur envoûtante du sapin.

 

 

 

J’empoigne ma pagaie, je prends soin de la serrer dans mes mains pour sentir la force qu’elle m’inspire. Je sais qu’elle ne va pas tordre sous la pression. Je ne peux nier que j’ai quelques appréhensions quant à ma préparation;  je n’ai pas eu la chance de pratiquer le canot à plusieurs reprises auparavant. L’essence du bois me donne encore plus hâte d’atteindre notre premier campement, on devrait y être en soirée. Nous devons cependant réussir à faire entrer dans d’immenses bacs étanches le nécessaire pour préparer nos repas : riz, quinoa, crêpes et pâtes dont les quantités ont préalablement été mesurées. Cela composera notre cuisine de campement pour quelques semaines avant de recevoir notre premier ravitaillement.

 

J o u r 1 - Laisser aller

C’est en milieu d’après-midi que nous mettons le pied sur les berges de l’immense étendue d’eau après une heure de vol de Whitehorse. On y est enfin. À 3187 km devant nous se trouve la ville d’Emmonak, le dernier village avant le déversement de la rivière dans la mer de Béring où nous espérons nous rendre. Sans trop savoir comment amorcer le départ de cette grande aventure, chacun pose la main sur le canot afin de le glisser à l’eau. Tout est si simple. Aucune parole n’a besoin d’être échangée sur le moment, la beauté du décor nous rend sans voix. Le bruit du glissement des canots sur les grands galets déchire le silence. Je jette un dernier regard derrière mon épaule, me rappelant les amis et la famille que je laisse derrière pour les prochains mois.

 

J o u r 12 - P ar t a g e

Snook est un homme dans la soixantaine avancée. Comme la grande majorité des habitants du territoire du Yukon, il a le cœur d’un homme qui a vu les saisons sauvages mordre dans sa peau. Ses gestes sont assurés. Prenant une pause de la confection de son canot de bois dont il enseigne les rudiments à son petit-fils, il nous invite à goûter le gras du poisson cru qu’il vient d’apprêter. Ça goûte le beurre frais. Après un déjeuner à l’intérieur, on est comblés. Non seulement parce qu’on a partagé un repas délicieux, mais parce qu’on a échangé un moment de qualité avec un homme humble, honnête et incroyablement attachant. Après quelques visites de village en village, on comprend que le partage de ressources comestibles est un principe naturel d’entraide qu’on honore même avec les inconnus. D’une habitation à l’autre, nous sommes accueillis par des hôtes qui partagent, la majorité du temps, la moitié de leur poisson ou de leur viande avec nous. Jamais achetées dans les épiceries, qui sont quasi inexistantes ici, ces denrées sont chassées ou pêchées par le propriétaire, de sorte qu’on leur accorde une importance différente.

 

J o u r 26 - Fébrilité

Julie, une autochtone de la région de Fort Yukon, nous avait bien avertis. La nature envoie des signes à ceux qui écoutent. Le saumon King arrivera dans les prochains jours et remontera 3000 km en sens inverse de notre parcours afin d’aller procréer et mourir là où il est né, près du Lac Bennett. Il y a quelque chose dans l’air, un changement au niveau du vent, on nous dit : « Il s’en vient, il s’en vient ». Le saumon King permet à tous de se nourrir pendant des mois. On bâtit des moulins à pêche, on remplit les bidons d’essence dans le but d’être prêts à rejoindre les petits camps de pêche familiaux en bordure du fleuve grouillant de vie. On sent aussi la faune se réveiller, les mères ourses partent à la recherche de proies faciles à remettre à leurs oursons. J’espère capter en image quelques plans du saumon King dont tous vantent la force brute et l’endurance.

 

 

 

J o u r 28 - Simplicité

Sans savoir ce que nous promet le prochain détour, on a parfois la surprise de tomber sur d’immenses parcelles de forêt brûlée. Les kilomètres de bois calciné et le brouillard du matin sont des souvenirs qui me donnent des frissons encore aujourd’hui. Ian et moi profitons de moments comme ceux-ci pour sortir du canot et aller cueillir quelques morilles qui poussent sur les terres carbonisées, un an après le passage d’un feu. Plusieurs Québécois partent d’ailleurs chaque année les récolter dans la région; ils valent leur pesant d’or au Québec. C’est la ruée vers les morilles. J’ai envie d’être simplement reconnaissante de pouvoir arracher si facilement ce produit de la terre et de pouvoir le consommer sans artifice avec un peu d’ail grillé dans la petite poêle.

 

J o u r 29 - Acceptation

Beaver est un village situé entre Fort Yukon et Rampart, environ à la moitié de l’itinéraire prévu de l’expédition. Ce soir on dormira dans nos tentes, de l’autre côté de la rivière, et on ira faire connaissance avec le chef le lendemain. La routine pâtes-quinoariz-pâte-quinoa-riz commence à devenir lassante, on savait dès le départ qu’on allait devoir l’endurer, mais on peut dire qu’on est un peu moins pressés de remplir nos bols à présent. Un petit radeau qui semble tenir le coup depuis les années 70 se dirige tout droit vers notre campement. C’est assez fréquent pour les habitants de la rivière de passer dire bonjour aux voyageurs en canot. Cette fois, on reçoit la visite d’un couple qui nous offre une de leur cueillette de la journée : un poisson blanc de bonne taille. Nos sourires sont indescriptibles. Satisfaits de leur offrande, ils repartent rapidement. Accepter de recevoir est une notion assez ardue parfois. La découpe du poisson se fait rapidement, plusieurs ours rôdent dans les environs du campement et sont sensibles à ce genre d’odeur. On installe un nid d’herbes sur le sol pour la découpe, on jette les tripes à l’eau. S’ensuit un délicieux repas où foisonnent les mouches noires et l’écho des anecdotes du périple du mois passé.

 

J o u r 49 - Héritage

Trempés en lavette après une demi-journée de canot, on accoste dans le village de Nulato. En raison d’un débordement du fleuve il y a quelques années, ses habitants ont décidé de reconstruire leurs domiciles plus loin vers les collines, en hauteur. Le ciel gris et les anciennes demeures maintenant inhabitées près de la berge nous donnent juste envie de repartir au plus vite et de continuer plus loin pour camper. Mais transis de froid, on décide de débarquer quelques minutes malgré tout. Walter vient à nous. C’est un pêcheur d’environ 45 ans, appartenant à une communauté parlant le koyukon. Il nous raconte sa journée comme si nous étions des voisins, de la famille qui vient faire un tour. Arborant un sourire authentique, il nous offre des morceaux de saumon séché et quelques blagues par-ci, par-là. Tout en mâchant son poisson séché, il nous dit que ça se met dans les poches et que l’hiver, on en prend comme on prend de la gomme. Paraîtrait-il que ça donne de l’énergie. Toute sa famille travaille au camp de pêche. Il nous emmène à l’intérieur d’un grand fumoir où sont suspendues des centaines de lanières de saumon King. L’odeur est incroyablement riche et soutenue, quelques gouttes de graisse de poisson s’échappent des filets et tombent sur la terre battue. Nous dormons dans l’église du village pendant que la pluie fait gonfler le fleuve jusqu’au matin suivant. Walter vient nous réveiller, il veut passer quelques heures de sa journée à parler de sa vie de pêcheur. Il nous offre ses paroles de valeur et nous fait promettre de ne jamais oublier que nous ne devrions pas nous dissocier des aliments dont nous nous nourrissons. Tout comme les orignaux, les castors et les lynx, nous sommes des êtres vivants avant d’être des hommes. Walter est guidé par cette pensée comme les autres membres de la grande communauté du fleuve Yukon.

 

 

Le don

Quand on a l’impression d’avoir reçu plus qu’on est capable de recevoir d’une communauté à la générosité sans limites, il est difficile de croire qu’on peut à notre tour offrir quelque chose d’une aussi grande valeur. Qu’il s’agisse des refuges qui nous ont été offerts lors de tempêtes, des mots d’encouragement chuchotés à l’oreille par de vieilles sages lorsque je n’avais plus la force d’avancer, du précieux poisson qu’on nous offrait lorsque les protéines se faisaient rares dans nos bols, nous avons reçu beaucoup. Mais le plus grand cadeau, ce sont les enseignements qui nous ont été transmis, ceux d’une vie simple en symbiose avec la nature. C’est maintenant à mon tour de donner. Ce que j’ai à offrir semble si peu comparativement à ceux qui ont tout partagé avec nous. Je n’ai que notre histoire à léguer. Il est 13 h 40, j’allume pour la dernière fois un petit feu près de Mountain Village avec de l’écorce de bouleau. Nous aurons vite atteint Emmonak. Le mois d’août est arrivé comme une gifle en plein visage; c’est déjà la fin de l’expédition. J’entends les oiseaux chanter à mon réveil, c’est encore la sonnerie de mon vieux iPhone qui me pousse à ouvrir l’œil. 6 h 45. J’ai peine à réaliser que je suis de retour à Montréal. Ma vieille chienne et moi partons à La Malbaie. Qu’est-ce que cette journée m’apportera? De quoi serai-je reconnaissante aujourd’hui? Je me pose ces questions tous les jours, ça m’aide à me souvenir de tout ce que j’ai appris, à rester enracinée.

 

 

 

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